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Exposition collective This Is The Girl octobre-novembre  2019
Exposition Restitution de résidence Chapelle du Quartier Haut à Sète


ARTICLE EXPOSITION

les résidentes ATENA 2017-2019


photographie : Sète.fr/ Lise Chevalier


photographies vernissage Alain Arnal

Partenaires de l'exposition : Ville de Sète, D.R.A.C Occitanie, Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée, fondation Edith Maryon, forum culture autrichien, Institut français de Grèce, ambassade de France en Grèce
Collaborations : maison d'édition Méridianes (publication This Is The Girl, préface Geneviève Breerette) Ecole des Beaux Arts de la Ville de Sète, Estelle Scali stagiaire en master 1 histoire de l'art et patrimoine à l'université Paul Valéry de Montpellier, Petra Tomaskovicova vidéaste & Christopher Owen danseur pour la performance SKINNED

Marie Strauss
Steinorgane (pierres organes)
Organe I rouge, marbre du Languedoc 38 cm x 8,5 cm x 7cm, 2017
Organe II rouge, marbre du Languedoc, 24 cm x 33 cm x 17 cm, 2017
Organe III rouge foncé, marbre griotte, 21,5 cm x 8,5 cm x 8 cm, 2018
Organe IV rouge foncé, marbre griotte, 30 cm x 22 cm x 18 cm, 2017
Organe V vert, marbre du Languedoc, 41 cm x 12 cm x 12 cm, 2019
Organe VI rose, marbre du Languedoc, 31 cm x 14 cm x 8,5 cm, 2019
Organe VII rose, marbre du Languedoc, 33 cm x 13,5 cm x 9 cm, 2018

Dans mon projet Steinorgane (Pierres organes), je me suis consacrée aux marbres et à leur passé géologique dans la région du Languedoc-Roussillon et plus particulièrement dans le Minervois. On y trouve une multitude de marbres différents. Les romains avaient déjà exploité plusieurs de ces carrières. Sous le règne de Louis XIV, elles connurent leur âge d’or. Le roi donna à ces marbres incrustés de couleurs le rang de matériau exclusivement réservé à la noblesse. Leur exploitation dura jusqu’aux années 1960. Aujourd’hui elles sont abandonnées, la nature y reprend ses droits ; et seuls des chemins de randonnée nous relient encore à elles. 
À partir de ces matériaux si précieux, autrefois réservés aux privilégiés et aujourd’hui abandonnés, j’ai travaillé 7 objets. Étant à l’échelle du corps, leur particularité est de pouvoir être porté. 
Ma manière de travailler résulte à la fois d’une relation manuelle et d’une proximité avec le matériau : la plupart du temps, je sculpte à l’aide de ciseaux, burins et de plusieurs sortes de papier à poncer dans une relation directe avec la pierre. C’est d’elle que naît la forme ».
My project Steinorgane (Stone Organs) focuses on marble and its geological past in the Languedoc-Roussillon region, particularly in the Minervois area, where a wide variety of types of marble can be found. The Romans already exploited several of its quarries, which were later at their peak during the reign of Louis XIV, when the king made colour-veined marble a material exclusively reserved for the nobility. The exploitation of the quarries lasted until the 1960s. They are now abandoned and left for nature to reclaim. They can only be accessed via hiking trails. 
I used this precious material, which was so exclusive but now abandoned, to create 7 pieces. Because these pieces are body-sized, they can easily be carried. 
My work method stems both from a manual relationship and proximity with the material: most of the time, I sculpt using chisels, a burin, and several types of sanding paper, in close contact with the stone. It is from the stone that the form arises.


Isidora Krstić
Arcadia 
vidéo, 11 min 17 sec
extrait ajouté : vibraphone, audio de Pieter Gabriel (Sleep Sleep)
2019
Durant sa résidence, Isidora Krstić a filmé l’environnement pour générer la vision d’un paysage utopique (Arcadia). Une dissonance se créée lorsque les images, volontairement idéalisées, sont juxtaposées à un son inquiétant. Ce bruit de fond au ralenti insiste sur la nature de l’image filmée, telle un artefact du passé. 
La vidéo fragmentée fait allusion à l’incapacité de l’artiste à s’immerger dans le moment présent, incapacité liée à l’interférence de ses souvenirs, de ses peurs et de ses projections. La vidéo est un document sur la quête de sécurité et de confort, ou sur son absence ; le format et l’expérience de la résidence deviennent à la fois le sujet et la méthode de travail. 

During her residency, Isidora Krstić filmed the surrounding with an intention to generate the vision of a utopic landscape (Arcadia). A dissonance is created when the intentionally idealised images are juxtaposed with an ominous sound - slowed down background noise - emphasising the nature of filmed footage as an artefact of the past. The fragmented video alludes to the artist’s inability to immerse herself in the present moment due to her own interfering memories, fears and projections. The video is a document of the pursuit of safety and comfort, or the lack of it thereof, where the format and experience of the residency, becomes both the subject and method of the work. 
Photographie : Isidora Krstic
Isidora Krstić
Fight, Flight, Freeze
Combattre, Fuir, Subir
8 dessins, pastel et techniques mixtes sur papier, 42 cm x 29,7 cm 2018 - 2019 

Les dessins ont été réalisés en début de résidence, ils ont permis à l’artiste de se familiariser avec les lieux et de comprendre l’impact de ce nouvel environnement sur elle. Inspirés par des fragments d’objets en céramique observés dans le cimetière marin à Sète, par des cordes utilisées par les pêcheurs, ces dessins sont une tentative d’extérioriser ou peut-être de « fouiller » les expériences intérieures, faisant allusion aux trois réponses liées à un état de stress extrême : combattre, fuir, subir (fight, flight and freeze).

The drawings were made at the beginning of the residency in an attempt of the artist to familiarise herself with the surrounding on one hand, and understand the triggers that the new environment produced within herself, on the other. They are fragments from ceramic objects seen at the marine cemetery (Cimetière Marin) in Sète, ropes used by fishermen, but also the attempt to externalise or maybe ‘excavate’ the embodiments of inner experiences, alluding to the three responses to extreme stress - fight, flight and freeze.   

Keiko Kimoto
Yowane
Série de 6 peintures, acrylique sur toile, 80 cm x 80 cm, 2018-2019
de gauche à droite :
Meer, Kiefer, Sans titre, Wölke, Bar, Stillleben, Muschel, dessin, encre et aquarelle sur papier, 29,5 cm x 40 cm, 2018

«Ce qui m’a plu, c’est cette lumière tranchante, celle du soleil qui se répercute sur les coquillages. Le rouge des pins parasols, le ciel, les nuages, la couleur des immeubles...». Keiko Kimoto a été très marquée pendant son séjour par la puissance de la lumière. Elle a également voyagé à Collioure pour s’imprégner des paysages du Midi qui ont marqué l’histoire de la peinture française. Ce qui a attiré son attention, c’est la manière dont la lumière révèle les couleurs, dans le contraste qu’elle crée sur l’environnement. »


“What I liked here is the sharp light of the sun reverberating off the seashells. The red of the stone pines, the sky, the clouds, the colour of the buildings…” The contrast and vividness of the southern light left a deep impression on Keiko Kimoto. She also travelled to Collioure to immerse herself in the landscapes of the Midi that have marked the history of French painting. What drew her attention was the way the light reveals colors.

Photographie : Isidora Krstic & Lise Chevalier

Lucia Bricco & Federica Peyrolo
Il a dit « Le train s’est perdu. » 
Comment le train pourrait-il s’être perdu? 
Il est sur les rails.

Installation 
portes, 213 cm x 160 cm 
vidéo, audio avec système d’écoute au casque, 3 min 50 sec
2018-2019

Lucia Bricco et Federica Peyrolo ont développé des projets de performance en duo.
« Notre dialogue pendant la résidence a voyagé sur des rails. Nous imaginant l’une et l’autre comme sur une ligne individuelle, toute notre collaboration découle d’une même observation : depuis sa propre position vers le rail opposé, en partageant la même direction et en respectant les singularités. »



He says «the train is lost» 
How can a train be lost? It’s on rails.

Lucia Bricco and Federica Peyrolo have developed performances duo. 
“Our dialogue during the residency travelled on rails. Imagining each of us as a single line, everything in our collaboration came from observing the opposite rail from one’s own side, sharing the same direction, and respecting singularities. The installation stems from this aspect: each of its parts is at the same time double and independent, in that it necessarily creates a new organisation of vision based on proximity and movement.”

Photographie : Isidora Krstic & Lise Chevalier



Mirjam Gurtner
SKINNED 2019
Installation-performance
Vidéo 8 min 11 sec
rampe 400 cm x 54 cm x 49 cm
direction artistique MIRJAM GURTNER 
création / performance MIRJAM GURTNER & CHRISTOPHER OWEN
concept d’installation LISA PREMKE
Rampe / construction HERVE VILLECHENOUX
Vidéo PETRA TOMASKOVICOVA

Cette vidéo a été réalisée en résidence in situ dans la Chapelle.
La performance SKINNED a été également jouée toute la durée du vernissage de l’exposition This Is The Girl par Mirjam Gurtner et Christopher Owen.

Dans SKINNED, les danseurs s’abandonnent à la perte de sécurité, cherchant le potentiel qui s’y trouve. Jouant sur le désir de contrôle, ils explorent le risque comme acte créatif.
Cette installation-performance situe le corps dans l’entre deux de la sculpture et de la danse, entre l’immobilité et le mouvement.


In SKINNED the dancers surrender to losing safety, searching for the potential that lies within. Playing with the desire for control, they explore exposure as a creative act. 

This durational performance installation stages the body in between sculpture and dance, stillness and motion. Weaving in and out of the public, two dancers examine their perception of safety. Sensation and improvisation define the composition of their bodies in close proximity to the audience, challenging our notions of risk and intimacy. 

Performance 2 heures, durée du vernissage : Se déplaçant à l’intérieur et hors du public, deux danseurs explorent leur perception de la sécurité. Les sensations et l’improvisation définissent la manière dont les corps composent leur proximité avec le public, défiant notre notion du risque et de l’intimité. Photographie : Petra Tomaskovikova

Lise Chevalier
Déluges
Sculpture, branches de platane tressées, 240 cm x 40 cm 
sur planche de pêcheur, 400 cm x 20 cm
remerciements « la pointe du rat » pointe courte à Sète
Série de 11 dessins, encre sur papier, 40 cm x 30 cm
2018-2019

Déluges puise son inspiration dans le récit millénaire des sept jours du déluge de l’épopée de Gilgamesh, dans les récits grecs antiques et dans ceux de l’ancien testament. Invitée par l’Institut français d’Athènes, l’artiste, fondatrice de la résidence A.T.E.N.A, réside en Grèce sur l’île de Rhodes pour y apprendre la céramique traditionnelle auprès d’un maître Kostantinos Neofytou. 

« Dans les motifs des céramiques, je lis des paysages. L’entrelacement des végétaux, les sujets mythologiques sont des sources d’inspiration incomparables de beauté et d’histoires. Dans l’atelier le temps s’écoule comme un sablier étiré. Je pense à Hermès, à l’entrée de Rhodes, aux deux colonnes tels deux cyprès découpés dans le ciel. Je pense aux falaises de Lindos, aux chevaux fougueux et aux femmes oiseaux. Ces images et récits  se mêlent à ma « mythologie intérieure »
Dans la mythologie personnelle de l’artiste, les déluges égéens succèdent à l’ère thélépathique et annoncent une odyssée.

Déluges draws its inspiration from the thousand year-old story of the seven day flood from Gilgamesh’s epic and from ancient Greek and Old Testament stories.  The artist and founder of the A.T.E.N.A residency was invited by the French Institute in Athens to work and learn traditional ceramics with the master ceramist Kostantinos Neofytou on the island of Rhodes.

«I see landscapes in the ceramics’ motifs.  The intertwining of plants, the mythology are sources of inspiration that are incomparable in beauty and in narrative.  In the workshop, time goes by as if it passes through an elongated hourglass.  I think (am reminded) of Hermes, of the entrance into Rhodes and of the two columns that stand like two cypress trees cut out in the sky.  I think of the cliffs on Lindos, of the fiery horses and of the bird-women.  These images and stories merge together with my « personal mythology »

The Institut français d’Athènes invited her to travel to Greece, specifically to Rhodes to learn the island’s traditional ceramic techniques. She found inspiration for her project Déluges at the workshop of master ceramist Kostantinos Neofytou and in the Aegean landscapes. 

photographie : Petra Tomaskovicova

PUBLICATION This Is The Girl, éditions Méridianes
Présentation du catalogue en ligne 15€ commande sur le site de Méridianes)



This Is The Girl est un livre d'art collectif conçu en résidence. Chaque artiste en a réalisé un feuillet. 
Les artistes ont été accompagnées par Pierre Manuel, éditeur de Méridianes pendant leur résidence. La préface a été écrite par Geneviève Breerette, critique d'art. 

dans l'ordre des images
ATENA présentation
ISIDORA KRSTIC : Fight Flight Freeze
LISE CHEVALIER : Déluges
KEIKO KIMOTO : Yowane
LUCIA BRICCO : Antigone
MARIE STRAUSS : Steinorgane
MIRJAM GURTNER : SKINNED
FEDERICA PEYROLO : Drago, non scappare più
PREFACE : texte de Geneviève Breerette

9 fascicules - un par artiste d'un ou deux feuillets en leporello de
8 pages au format 15x60cm avec des oeuvres originales. 
Tirage: 400 exemplaires














TEXTE de Geneviève Breerette, critique d'art 
Elles, toujours entre…

A.T.E.N.A : Atelier Temporaire Européen de Navigation Artistique. Le sigle situe divinement le programme de cette singulière résidence d’artistes, d’où proviennent l’exposition et le livre qui en cristallise les contenus. Il nous met d’emblée dans les eaux incertaines de la création en train de se faire, avec les cariatides de l’Erechthéion pour conforter une image de solidité et de détermination plutôt que de fragilité.

A comme ATELIER : soit l’idée d’un lieu de recherche, d’expérimentation, de fabrication. Il est à ciel ouvert, et libre, sans les contraintes habituelles des résidences d’artistes. Six femmes artistes venues de Berlin, de Bâle, de Vienne, d’Athènes ou de Turin, en ordre dispersé, ont pu s’y impliquer à leur rythme, sans programme imposé, le temps de prendre leur mesure des lieux, voire de tisser une histoire personnelle avec le « paysage » sétois.
A comme AMITIÉ : un lien majeur dans l’aventure initiée par Lise Chevalier, qui a rencontré les artistes invitées dans quelque capitale européenne il y a parfois plus de dix ans.
A comme AFFINITÉS ÉLECTIVES.
T comme TEMPORAIRE : soit un moment du parcours d’artistes évoluant entre découverte de nouveaux champs de travail, et mise à jour d’idées plastiques et de gestuelles éprouvées ailleurs. Et dont les recherches donneront sans doute, comme toute recherche, des résultats provisoires.
T comme TEMPS, temps des pierres, temps mythiques, temps de l’Histoire. Temps présents, temps humain, temps de l’œuvre.
T comme TRANSFORMATION ou TRANSPOSITION  ̶  relire ce qu’en disait, hier, Maria Lassnig* : « La transposition passe par l’imagination qui est aussi variable que le sang qui coule dans nos veines et véhicule des restes d’une perception visuelle, l’aspect optique des images de la mémoire, la lumière du soleil ou d’une ampoule électrique vues à travers les paupières closes. »
E comme EUROPE.
E comme ESPACE : espace géographique, mythologique, naturel, construit, perçu.
E comme ESPACE du corps, comme espace intime.
E comme ESPACE d’échanges.
N comme NAVIGATION. Navigation dans l’espace et le temps, à travers les disciplines et les moyens d’expression les plus divers : le dessin, l’écrit, la vidéo, l’installation, la performance, le document, l’enregistrement, et même la peinture et la sculpture.
N comme NAVIGATION entre le physique et le mental.
N comme NAVIGATION entre enquêtes de terrain et quête de soi…

Navigation ne veut pas dire louvoiement. Naviguer implique des compétences, des connaissances, des brevets, de l’ingéniosité, de la maîtrise.
N comme NATURE.

Cette exposition n’est pas une « exposition de groupe », mais d’individualités réfractaires aux classements, qui défient l’analyse critique : il y en aura toujours une pour s’inscrire en faux contre toute tentative de généralisation étiquetée. Elles ont des ancrages différents, suivent des parcours différents, s’expriment à travers des médias différents.

Elles ont pourtant entre elles assez de traits de ressemblance pour former une famille d’esprit. Elles appartiennent à une même génération d’artistes  ̶  elles sont nées (sauf une) vers la fin des années 80  ̶  qui a pu se penser librement, se détacher des formalismes. Elles sont sorties, et bien sorties, des écoles d’art, avec de solides bagages en matière de sciences humaines. Elles ont pu circuler, non sans douleur parfois, dans une Europe aux frontières ouvertes. Mais, où qu’elles vivent, il leur faut avancer dans l’incertitude du statut de l’artiste d’aujourd’hui.
Ce sont des voyageuses cosmopolites, curieuses, sachant qu’elles trouveront toujours quelque matière primordiale à transformer : la lumière du soleil, la pierre, l’air, l’eau, le corps même, de l’espace à investir et du temps à remonter… Elles bousculent les modes habituels d’évaluation de la réalité, portées par le besoin de dépasser la notion de paysage d’ici & maintenant, et d’en faire l’objet de considérations sur la Nature, la nature humaine, l’Homme dans le temps. En philosophes, anthropologues, historiennes, poètes, et, bien évidemment, créatrices.
Le programme de la résidence a été suffisamment souple pour leur permettre de traverser le paysage sétois à leur gré. De front, de biais, en le détournant, en lui tournant le dos.

LUCCIA BRICCO et FEDERICA PEYROLO sont des artistes multimédia qui peuvent s’associer dans des performances, et qui, justement, mettent l’accent sur les effets visuels et psychologiques de leur travail en commun et en fausse symétrie. Elles avaient déjà filmé leur marche le long des canaux sétois et sur les rochers, en s’étant peintes chacune une jambe en bleu, pour apporter la preuve visuelle que 1+1 fait 3. Cette fois, elles ont eu l’idée d’une vidéo les montrant l’une derrière l’autre, avançant contre le vent dont la force rythme leur marche. Là encore, entre sérieux du propos et dérision de leurs gestes, elles mettent en jeu le rapport de l’homme à la nature, son besoin de la maîtriser et la vanité à vouloir se l’approprier. 

ISIDORA KRSTIC, plasticienne multimédia, s’est intéressée plus que les autres aux différents « paysages » de Sète. Elle en déconstruit l’argument touristique en filmant une mer lourde de vagues et sans horizon, en photographiant le port et ses lignes droites, la rocaille qui orne le bassin d’un jardin, et les fleurs en céramique des tombes du cimetière marin. À ce développement d’images implacables, elle ajoute d’étranges dessins de fleurs et de formes organiques, qui seraient la transcription de ce qu’elle vit de l’intérieur. Ses œuvres, dit-elle, sont pour elle des « rituels d’extraction » de souvenirs et d’émotions implantés dans la chair au fil du temps.

KEIKO KIMOTO est peintre exclusivement. Elle s’est promenée dans le paysage, et dit avoir été marquée par la lumière du soleil sur un coquillage et la capacité de la lumière à révéler les couleurs, la couleur du ciel, des arbres, des maisons. Son intérêt pour le phénomène l’a amenée à faire un tour à Collioure, pour y découvrir l’histoire des Ateliers du Midi. Ce qu’elle a pu tirer du voyage ne va pas de soi. Sa navigation entre couleurs libérées et figuration vague, écriture griffée et volupté de la couleur, abstraction et récit ambigu, fait penser à quelque vision d’un monde flottant dans la tradition picturale extrême-orientale

À Sète, MIJRAM GURTNER, chorégraphe, s’est attachée à prendre la mesure du lieu  ̶  une ancienne chapelle vouée aux expositions d’arts plastiques  ̶ pour y dérouler ses chorégraphies improvisées habituellement dans un espace théâtral, donc autrement balisé. Elle pense la performance comme une forme d’expression vide de récit, née dans les profondeurs du corps, aux sources de la vie, dans la respiration, et dans une mise en corrélation de la perception sensorielle et du corps physique. La sensation y est donnée comme matière première pour créer le mouvement et générer des échanges intuitifs entre les danseurs, entre les danseurs et la salle. Entre équilibre recherché et déséquilibre provoqué.  Entre chorégraphie et arts plastiques.

MARIE STRAUSS, sculptrice, est allée chercher des morceaux de marbre de différentes couleurs dans les carrières du Languedoc-Roussillon. Elle les a polis et « ressassés » comme des galets, moins pour en tirer des formes d’objet d’art (ce qui n’est pas, non plus, exclu) que pour donner une idée de transformation de la matière. La plupart de ces « pierres organes » comme l’artiste les nomme, sont installées sur un tapis, faites pour être prises en main et réchauffées contre le corps. Le travail reste inachevé sans la préhension tactile du regardeur (préférée à son appréhension visuelle), pour lui donner tout son sens dans un corps à corps révélateur de la vie, des temps géologiques au temps humain, de l’histoire à l’art.

LISE CHEVALIER, plasticienne multimédia à l’origine de la résidence, vit, elle, à Sète, et c’est en toute logique qu’elle montre le travail qu’elle a accompli dans l’île de Rhodes, l’hiver dernier, où elle était, elle aussi, en résidence pour y apprendre une technique locale de céramique traditionnelle auprès d’un vieux maître. Elle y a poursuivi ses recherches d’écriture poétique autour du thème du Déluge, entre ciel et mer, murs de forteresse et rocher légendaire propice aux plongées sportives, sinon initiatiques : hic Rhodus, hic saltus ! (ou salta si on aime la danse)  ̶  Lise y fait allusion dans son poème. Le climat de l’ile déserte et battue par la pluie ne pouvait que l’aider à reconnaître le chemin des sources et des grands mythes en y inscrivant sa mythologie personnelle. Chez elle, mais pas seulement, l’œuvre se fait dans l’approche métaphorique de la Nature, du mystère de la création et de la vie, en des moments d’échanges intimes. Et se déplie à partir de soi, comme le livre avec ses rabats, secrètement autoréférentiel.

This Is The Girl
Geneviève Breerette, critique d’art
Septembre 2019

* Maria Lassnig (1919-2014), peintre autrichienne ayant vécu et travaillé à Vienne



Juin 2019
Résidence Marie Strauss (5ème séjour)
Dans mon projet «Steinorgane» (pierres organes), je me suis consacrée aux marbres et à leur passé géologique dans la région Languedoc-Roussillon et plus particulièrement dans le Minervois. On y trouve une multitude de marbres différents. Les romains avaient déjà exploité plusieurs de ces carrières. 
Sous le règne de Louis XIV, elles connurent leur âge d’or. Le roi donna à ces marbres incrustés de couleurs le rang de matériau exclusivement réservé à la noblesse. 
Leur exploitation dura jusqu’aux années 1960. Aujourd’hui elles sont abandonnées, la nature y reprend ses droits ; et seuls des chemins de randonnée nous relient encore à elles. 
À partir de ces matériaux si précieux, autrefois réservés et aujourd’hui abandonnés, j’ai travaillé 7 objets. Étant à l’échelle du corps, leur particularité est de pouvoir être porté. 



Mai 2019
Résidence Mirjam Gurtner (1er séjour)

Le projet de la chorégraphe Mirjam Gurtner est de remettre en scène sa chorégraphie SKINNED en la transposant en une installation-performance in situ, et de longue durée. Originairement conçue pour la scène d’un théâtre, elle est repensée pour un lieu d’exposition, à partir du potentiel et des spécificités du contexte des arts visuels, et en lien avec le lieu historique de la Chapelle du Quartier Haut de Sète.
L’installation-performance SKINNED explore la perte de sécurité comme acte créatif et situe le corps dans l’entre deux de la sculpture et de la danse, entre l’immobilité et le mouvement. Se déplaçant à l’intérieur et hors du public, deux danseurs recherchent le moment de la perte du contrôle de soi. Les sensations et l’improvisation définissent la manière dont les corps composent leur proximité avec le public, défiant notre perception du risque et de l’intimité. 
Le soir du vernissage le vendredi 11 Octobre, la pièce SKINNED sera jouée in situ dans la Chapelle. 


Avril 2019
Résidence Lucia Bricco & Federica Peyrolo (3ème séjour)
Production : 

Il a dit «Le train s’est perdu.» 
Comment le train pourrait-il s’être perdu? Il est sur les rails.
Installation : portes, audio avec système d’écoute au casque, vidéo 3min50 

"Notre dialogue pendant la résidence a voyagé sur des rails. Nous imaginant l’une et l’autre comme sur une ligne individuelle, toute notre collaboration découle d’une même observation : depuis sa propre position vers le rail opposé, en partageant la même direction et en respectant les singularités."


Octobre 2018 (2ème séjour)
L'ATENA présente Lucia Bricco & Federica Peyrolo
duo d’artistes en résidence

Rencontre & discussion avec les artistes, autour de leur collaboration
Présentation des travaux issus de la résidence

VENDREDI 26 OCTOBRE 2018 à partir de 17h

Photographie en bord de mer, performance «blu», Sète



Septembre 2018
hors les murs
Marie Strauss
Exposition «Transition» Haus am kleispark, Berlin, Septembre 2018
Prix Kunstpreis des Haus am Kleispark
En Septembre 2018, Marie Strauss a présenté pour la première fois ses sculptures de marbre à Berlin. Nominée pour la seizième édition du prix «Kunstpreis des Haus am Kleispark», elle a exposé parmi 16 artistes son projet «Organes» réalisé pendant ses résidences à Sète dans la très renommée galerie municipale Haus am Kleispark à Berlin. 















Juillet / Août 2018
Accueil en résidence : Keiko Kimoto (premier séjour)
















dessin, encre et acrylique sur papier, 30 x 40 cm
« Ce qui m’ a plu, c’est cette lumière tranchante, celle du soleil qui se répercute sur les coquillages. Le rouge des pins parasols, le ciel, les nuages, la couleurs des immeubles...» Keiko Kimoto a été très marquée pendant son séjour par le contraste et la puissance de la lumière du midi. Elle a également voyagé à Collioure pour s’imprégner des paysages du midi qui ont marqué l’histoire de la peinture française. Ce qui attire son attention,c’est la manière dont la lumière révèle les couleurs.»


Mars 2018 
VENDREDI 30 MARS à partir de 18h
Rencontre avec l'artiste Marie Strauss
Nous avons le plaisir de vous accueillir pour une rencontre avec l'artiste et une présentation des pièces réalisées pendant la résidence en Juillet et Novembre 2017



Mars 2018
Résidence Isidora Krstic (Premier séjour)


"C’est quelque chose qui, pour l’activité de l’imagination semble être l’endroit parfait, peut-être au bord de la mer. Il fait soleil (mais pas trop), chaud (mais pas trop chaud, mais en aucun cas froid) et un temps agréable. Les palmiers idylliques font de l’ombre, il y a des aliments simples à manger, le trafic est très loin, et le ciel est profond et infini. Il existe toujours cette image d’un paradis stéréotypé persistant – ça ne part pas facilement. Je devrais me sentir bien dans cet endroit.
Je me demande ce que cela signifie de rêver, de vouloir. J’irai au paradis encore, je créerai. J’y puiserai des idées. Je prendrai plaisir des différences et trouverai confort dans le familier."


Juin 2017 - Octobre 2018
2 séjours en résidence Marie Strauss 
"Organes"
Volume : Taille de pierre (marbre rose/rouge du Roussillon)
Sculpture : marble (pink and red marble from Roussillon)



First Work / July 2017


Carrières Caunes-Minervois



Photographie à l'Ecole des Beaux Arts de Sète qui a accueilli l'artiste pour réaliser ses sculptures.
Les marbres du Languedoc-Roussillon, Région midi Pyrénées

Ce projet a pour objectif de valoriser le patrimoine des marbres et carrières de l'Hérault et de l'Aude. Son projet consiste à sculpter les différents marbres de la région.  L’artiste a déjà commencé cette recherche pendant sa première résidence en Juin, Juillet et Octobre 2017 lors de laquelle elle a sculpté les marbres  roses et rouges de Caunes Minervois.

Marie Strauss voit ce projet comme un voyage à la découverte des marbres, des carrières en exploitation mais aussi abandonnées, délaissées.

Les marbres sont des roches calcaires cristallisées, on les trouve dans notre région le long de la chaîne de montagne de Clermont l’Hérault jusqu’au sud de Toulouse.

Pour trouver et travailler avec ces marbres, Marie Strauss a l’intention de se rendre sur plusieurs lieux dans l’Hérault et dans l’Aude où l’on peut trouver une multitude de différents marbres. Et c’est bien cette diversité qui est au cœur du projet de l’artiste.
A Saint-Pons-de-Thomières, on peut trouver 86 marbres de différentes couleurs. Ces différentes couleurs sont la marque de différentes époques à l’échelle géologique.
C’est une richesse incroyable qui est source d’inspiration pour l’artiste.

« Ma manière de travailler est emprunte d’une approche manuelle avec le matériau.
La plupart du temps je sculpte au ciseau et marteau avec différentes sortes de pierres et papiers ponces.  Il s’agit pour moi d’une relation directe avec la pierre. C’est de cette rencontre que naît la forme. Je ne travaille pas d’après modèle ni croquis."




Dans le cadre de ces séjours de résidence, j’ai le souhait de collaborer avec des  ouvriers des carrières, des archéologues, des géologues,  des artistes et écrivains de la région. 
Je veux travailler avec ces matériaux abandonnés, oubliés et si précieux.  Je souhaite réaliser de 8 à 10 sculptures. Ces sculptures peuvent se porter et deviennent un prolongement du corps, comme un organe. »

Ce projet valorise la richesse régionale, mais aussi son histoire, sa mémoire.  Le regard d’un artiste étranger sur ce territoire a cette particularité de s’inscrire dans une démarche de découverte, de collaboration et de recherche qui active un réseau local et étranger avec des échanges.  Et c’est une chance rare d’accueillir une artiste femme qui taille la pierre dans un contexte artistique contemporain.


Remerciements
Philippe Saulle, directeur de l'Ecole des Beaux Arts de Sète pour sa collaboration dans l'accueil et l'accompagnement de la réalisation du travail de Marie Strauss
Benoît Huppé pour son savoir et son aide dans les carrières de Caunes-Minervois
La direction et l'équipe pédagogique de l'école Eugénie Cotton pour l'accueil et la mise en place des échanges entre l'école et l'artiste

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